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Par : Abla Chérif - Alger (Le Soir)
Publié le : 9/02/17

Le Maroc aurait-il commis une erreur en adhérant à l’Union africaine ? Les éléments apportés hier par le MAE sahraoui lors d’une conférence de presse suscitent des interrogations «qui trouveront réponse dans les moments à venir».

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Moins d’une semaine après le Sommet d’Addis- Abeba clôturé le 31 janvier dernier, la République arabe sahraouie démocratique (RASD) a tenu à remettre les pendules à l’heure en révélant les véritables conditions dans lesquelles la demande d’adhésion du Maroc à l’UA a été entérinée. Ould Salek, ministre sahraoui des Affaires étrangères, a tenu en toute priorité à rectifier «une information distillée par les Marocains et qui tend à faire croire que cette admission a eu lieu après un vote». 

Les informations qui étaient parvenues à la presse faisaient, en effet, état que le Maroc avait été élu par 39 voix (sur 54), soit trois voix de plus que ne le prévoient les textes de fonctionnement de l’UA. Faux, soutient Ould Salek, «l’admission du Maroc a eu lieu sur la base d’un consensus entre les Etats membres de l’organisation». 
Il décrit avec force détails la séance au cours de laquelle la décision finale a été prise. Les Etats africains représentés par leur président ou chef de gouvernement étaient alors divisés en trois blocs distincts. 
Le premier bloc était constitué de pays nord-africains. «Il y avait 14 ou 15 Etats. Leur point de vue était très clairement hostile à la demande du Maroc. Certains l’ont même qualifié de «colon» et jugé que son comportement à l’égard du Sahara occidental ressemblait étrangement à ceux de l’apartheid.» 

Le second groupe «le plus restreint aussi» était composé des «alliés connus du Maroc, le Sénégal, le Gabon et la Côte-d’Ivoire». 

Le troisième bloc «majoritaire en nombre s’est déclaré en faveur de l’entrée du Maroc au sein de l’Union africaine». Ils ont dit ce qui suit : «Du moment qu’il a ratifié l’acte constitutif qui l’engage à reconnaître les frontières héritées du colonialisme de tous les Etats membres de l’Union africaine, et que la RASD, membre fondateur de l’organisation, en fait partie, il n’y a aucune entrave à son admission.» 

Selon la même source, ces Etats ont conclu : «Tant que la RASD est là et que la ratification de l’acte constitutif de l’UA a eu lieu sans réserves ni conditions de la part du Maroc, acceptons-le. Ce sera peut-être l’occasion de parvenir à un règlement du dossier, et de parvenir à une solution que les Nations-Unies n’ont pas encore trouvée.» 
Le consensus a lieu. Le Maroc est admis. «C’est une grande victoire pour nous, poursuit Ould Salek. Le Maroc a non seulement ratifié un traité international dans lequel il reconnaît que les frontières du Sahara occidental sont celles héritées du colonialisme, celles que nous revendiquons donc, mais il s’est aussi assis dans une salle où se trouvait le Président sahraoui avec son drapeau national. C’est pour cela que je dis qu’il s’agit d’une victoire.» 

Ould Salek estime par ailleurs que la suite logique à donner à cet évènement voudrait que le Maroc «qui reconnaît donc officiellement les frontières du Sahara occidental, retire ses troupes des territoires occupés». Les pays ayant penché en faveur de son adhésion à l’organisation panafricaine l’attendent sur ce point. «Le Maroc se doit à présent de déposer les instruments de ratification auprès des institutions concernées. Je vous rappelle que la convention de Vienne exige des signataires de ces traités internationaux une application des textes en toute bonne foie.» 

Le Maroc s’est-il piégé ? Ould Salek lance un grand sourire à la question posée par les journalistes présents à la conférence. «En fait, on ne sait pas s’il s’est fait piéger, ou s’il a tenté de piéger en s’introduisant au sein de l’organisation pour jouer le rôle du ver dans le fruit. L’avenir nous le dira. 

Pour l’heure, nous constatons qu’il essuie échec sur échec et que toutes ses manœuvres ont fini par se retourner contre lui.» Il rappelle que le Maroc est actuellement en confrontation totale avec les Nations-Unies en raison de son refus d’appliquer les résolutions en faveur d’un dénouement pacifique du conflit du Sahara occidental. Les dernières résolutions de l’Union africaine prises lors du dernier Sommet vont dans le même sens, sinon plus puisqu’elles somment la communauté internationale à agir pour une résolution rapide du dernier dossier de décolonisation du continent. L’étau se resserre autour du Maroc.
A. C.  

Le Soir d’Algérie

http://www.lesoirdalgerie.com/articles/2017/02/07/article.php?sid=208958&cid=2