« Cette attaque est un crime contre l’humanité, parce qu’elle a eu lieu en plein pendant le ramadan, alors que tout le monde jeûne. »
Au moins 111 personnes ont été tuées dans une vague d’attentats en Irak lundi, journée la plus sanglante en deux ans et demi dans ce pays où Al-Qaïda a annoncé une intensification de sa lutte. Vingt-sept attaques ont touché 18 villes dont Bagdad, au troisième jour du mois de jeûne musulman du ramadan, faisant aussi 235 blessés. Nombre de soldats et policiers figurent parmi les victimes. Le président du Parlement, Oussama al-Noujaïfi et le représentant de l’Onu dans le pays ont condamné ces attentats, qui n’ont pour l’heure pas été revendiqués. L’Iran a estimé que « l’objectif de ces actes terroristes est de créer des dissensions confessionnelles et de menacer la sécurité, la stabilité et l’indépendance de l’Irak ».
L’attentat le plus sanglant s’est produit à Taji, à 25 km au nord de Bagdad, où une série d’explosions a fait au moins 42 morts et 40 blessés, selon des sources médicales.
« J’ai entendu une explosion au loin. Je suis sorti et devant chez moi j’ai vu une voiture que je ne connaissais pas », a raconté à l’AFP Abou Mohammed, un habitant de Taji. Il a prévenu la police qui a conclu qu’il s’agissait d’un véhicule piégé. « Nous avons dit aux voisins d’évacuer, mais au moment où ils sortaient de chez eux, la bombe a explosé », a-t-il expliqué. Un journaliste de l’AFP a vu des habitants fouiller les décombres de leur maison, à la recherche de proches.
Plus au nord, près de la ville de Doulouiya (90 km au nord de Bagdad), des hommes armés ont fait irruption dans une base militaire et ont ouvert le feu tuant 15 soldats et blessant deux, selon un lieutenant de l’armée et une source au ministère de l’Intérieur.
Dans la même province de Salaheddine, un attentat à la voiture piégée à proximité d’une mosquée chiite et une attaque d’un point de contrôle ont fait trois morts et six blessés.
Les violences ont également touché les villes de Saadiyah, Khan Beni Saad, Kirkouk, Touz Khourmatou et Dibis, toutes situées au nord de Bagdad. À Kirkouk, à la lisière du Kurdistan autonome (nord), Touz Khourmatou et Dibis, au moins sept personnes ont péri et 29 ont été blessées. À Mossoul, 350 km au nord de Bagdad, et dans sa région, une voiture piégée, une bombe placée en bord de route et un assassinat ont coûté la vie à neuf personnes et blessé sept, selon deux officiers de l’armée et de la police.
Des points de contrôle de l’armée et de la police, érigés dans la province de Diyala (nord-est de Bagdad), ont été pris pour cible par des hommes armés, et des attaques à la bombe ont eu lieu, tuant 11 personnes et blessant 40, selon des sources médicales.
Dans cette même province, dans la région de Hib-Hib, un minibus transportant des civils a explosé, faisant trois morts et sept blessés, selon des sources policière et médicale.
La capitale n’a pas été épargnée. Dans le bastion chiite de Sadr City, en plein cœur de Bagdad, 12 personnes ont notamment été tuées et 33 blessées dans l’explosion d’une voiture piégée. « Cette attaque est un crime contre l’humanité, parce qu’elle a eu lieu en plein pendant le ramadan, alors que tout le monde jeûne », a lancé un homme âgé qui n’a pas souhaité donner son nom. Dans le Sud irakien, à Diwaniya, une bombe placée en bord de route a tué trois personnes et en a blessé 25 autres, selon les autorités provinciales. Ces attaques sont les plus sanglantes depuis le 8 décembre 2009, quand 127 personnes avaient péri.
L’État islamique d’Irak (ISI), la branche irakienne d’Al-Qaïda qui avait revendiqué de nombreuses attaques, vient d’annoncer son intention d’intensifier son combat en Irak pays dans un message audio de son chef Abou Bakr al-Bagdadi, relayé par le site jihadiste Honein. Il y annonce le « lancement d’un nouveau projet, baptisé “Abattre les murs”, la priorité est de libérer les prisonniers musulmans où qu’ils se trouvent, puis de traquer et éliminer les juges, les procureurs et ceux qui les protègent ».
Les violences en Irak ont considérablement diminué par rapport aux terribles années 2006 et 2007 mais demeurent courantes dans le pays, en proie à une grave crise politique et à des tensions confessionnelles.