La balle est désormais dans le camp de l’opposition extérieure
Après un long suspense, Damas a surpris ses détracteurs, que ce soit parmi les pays du Golfe ou l’opposition basée à l’extérieur, en acceptant « sans réserve », le plan arabe de sortie de crise lors de la réunion ministérielle de la Ligue arabe mercredi 2 novembre au siège de l'organisation au Caire.
Le ministre algérien des Affaires étrangères, Mourad Medelci, était le premier à laisser entendre une telle issue favorable. Les alliés de Damas (Liban, Irak, Algérie) ont été les premiers à saluer la position officielle syrienne. Les pays du Golfe, qui soutiennent ouvertement l’opposition syrienne basée à l’étranger, ne pouvaient qu’acquiescer du bout des lèvres. C’est le cas du Premier ministre et chef de la diplomatie du Qatar Hamad Ben Jassem, qui présidait la délégation de la Ligue arabe, qui, après avoir exposé les grandes lignes de ce plan, lors d'une conférence de presse au Caire à l'issue de la réunion ministérielle déclara : « L'accord est clair. Nous nous réjouissons d'y être parvenus. Nous nous réjouirons plus encore quand il sera appliqué … Le plus important, c'est l'engagement de la Syrie à mettre en oeuvre cet accord. Nous espérons et nous souhaitons que seront appliqués l'arrêt total de la violence pour protéger les civils, la libération des personnes incarcérées en raison des événements actuels, l'évacuation des villes et zones en proie à des conflits armés… Si la Syrie ne respecte pas ces engagements, la délégation ministérielle se réunira à nouveau et prendra les décisions adéquates », a-t-il précisé.
La déclaration volontairement désabusée du responsable qatari se comprend. La Syrie n’a pas voulu annoncer son acceptation de ce plan le dimanche 30 octobre à Doha, pour ne pas donner du crédit à la diplomatie qatarie. Elle a préféré attendre la réunion de la Ligue au Caire pour exprimer son acceptation de ce plan.
Le commentaire du secrétaire général de la Ligue arabe, Nabil al-Arabi, plus enclin vers la position syrienne, a autrement été plus favorable et plus compréhensif vers Damas. « L’objectif principal, dira-t-il lors de cette conférence de presse est de fournir une solution arabe qui envoie un message clair et crédible au peuple syrien pour une avancée qualitative dans l'arrêt de toute forme de violence et l'accès au terrain des organisations de la Ligue arabe et des médias arabes et internationaux. »
Contrairement aux apparences, ce plan, imposé apparemment par les nombreux soutiens dont dispose la Syrie au sein de la Ligue arabe, est assez favorable à la position syrienne. Le texte auquel a souscrit Damas stipule en effet que"le comité ministériel arabe mènera des consultations avec le gouvernement et les différents partis de l'oppositionsyrienne en vue d'un dialogue national". Un dialogue que l’opposition extérieure, soutenue par l’Union européenne, les Etats-Unis le Conseil de coopération du Golfe, a toujours refusé, estimant que « le seul dialogue possible est la négociation du départ du régime ».
La Syrie obtint gain de cause sur ce point. En effet le texte ne précise pas le lieu de ce dialogue. Un sujet pourtant sensible, le régime souhaitant qu'il soit ouvert à Damas, tandis que l'opposition réclame qu'il ait lieu en dehors du pays.
L'ambassadeur permanent de Syrie auprès de la Ligue Arabe, Youssef Ahmed, a affirmé, quant à lui, « que les clauses du document obtenu par la Syrie et le comité ministériel arabe était fondé sur les constantes de la position syrienne, dont le rejet de la violence, l'interdiction de verser le sang syrien, l'adoption du dialogue national et l'appui de la réforme. »
Dans une intervention faite lors de la réunion extraordinaire du Conseil de la Ligue, au niveau ministériel, M. Ahmed a indiqué, selon l’agence officielle syrienne SANA, que « ce document était le résultat de grands efforts déployés afin d'aider la Syrie à sortir de la crise actuelle grâce à une série de rencontres franches et sérieuses tenues à Damas et Doha entre le comité arabe et la direction syrienne. »
Il a espéré que « ce document serait le début d'une coopération continue et transparente basée sur un souci sincère de maintenir la stabilité et l'unité de la Syrie et de répondre aux aspirations de son peuple. »
M. Ahmed a remercié les ministres arabes et les membres du comité, « lesquels, ajoute M. Ahmad, réalisent que le bien pour la Syrie profitera à tous les Arabes, de même que le mal pour elle, les affectera tous ».
« Persuadée que le rôle arabe devait être inéluctablement fondé sur l'attachement à sa paix, sa stabilité et son intégrité territoriale, ainsi que sur le rejet de toute immixtion étrangère dans ses affaires, la Syrie avait réagi d'une manière positive et flexible aux efforts arabes », a-t-il dit.
Il a critiqué la politique du double standard adoptée par certaines parties étrangères « qui prétendent défendre les droits de l'Homme dans un lieu et les ignorent dans un autre ».
« Ces parties laissent l'occupant israélien commettre les crimes les plus abominables de l'histoire contre le peuple palestinien, le peuple syrien au Golan occupé et le peuple libanais au sud du Liban », a-t-il souligné.
Par ailleurs, il a fait savoir que la direction syrienne avait répondu aux revendications populaires dès le premier jour de la crise par une panoplie de mesures destinées à hisser le niveau de vie des citoyens.
"Les événements programmés se déroulaient en Syrie simultanément avec une propagande politique acharnée, ce qui prouve que quelques parties étrangères cherchaient à internationaliser la situation syrienne à tout prix, sans aucun souci des réclamations des Syriens", a-t-il poursuivi, précisant que malgré cette propagande la Syrie avait continué à exécuter des réformes sérieuses selon les priorités.
Dans ce contexte, il a mis en relief les différentes lois promulguées par la direction syrienne en vue d'améliorer la vie politique, médiatique et économique, et ce, en dépit des sanctions sauvages imposées depuis des années à la Syrie et intensifiées aujourd'hui. "Ces sanctions ont pour but d'ouvrir largement la porte à une ingérence étrangère, conçue comme la seule option, même si la conséquence était la balkanisation de la Syrie", a fait savoir le diplomate syrien, mettant en garde contre les impacts catastrophiques d'un tel scénario sur la nation arabe.
"Dès le début de la crise, la direction syrienne et la majorité des Syriens étaient convaincus que le dialogue national était le seul moyen pour garantir l'avenir du pays", a-t-il dit, indiquant que la Syrie constitue à travers l'histoire "un état humain particulier, caractérisé par une mosaïque sociale, religieuse et ethnique".
"J'annonce au nom du gouvernement syrien que la porte du dialogue national est ouverte à tout le monde sans exception", a-t-il martelé, ajoutant que celui qui rejetterait ce dialogue serait responsable de l'échec du document arabe et lié à des agendas étrangers.
Il a conclu en appelant tous les frères arabes à assumer leurs responsabilités et à apporter toute sorte d'appui afin de mettre en œuvre le document arabe, affirmant que la Syrie croit en leur capacité de le faire.
Rappelons que le document stipule, selon Sana, les points suivants :
– Arrêt de tout acte de violence émanant de n'importe quelle source, afin de protéger les citoyens syriens (Ce qui implique le pouvoir et l’opposition armée).
– Elargissement des personnes arrêtées sur fond de récents événements.
– Evacuation des villes et des quartiers résidentiels de tous les aspects militaires.
– Permission aux organisations de la Ligue et aux médias arabes et étrangers de se déplacer librement dans tous les gouvernorats syriens pour s'informer des faits réels dans le pays.
Une fois le gouvernement syrien tient ces promesses susmentionnées, le comité ministériel arabe commencera, pendant les deux semaines suivantes, à faire des contacts et des concertations avec le gouvernement et les différentes parties de l'opposition, dans le but de tenir d'une conférence de dialogue national.