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Par : Par Mark Weisbrot*
Publié le : 17/02/17

Le président Trump ne réalisera probablement pas son rêve d’obliger le Mexique à payer son mur le long de la frontière sud des États-Unis.

Mexique

 

S’il est construit, cependant, les contribuables américains paieront très certainement l’addition estimée par certains à une hauteur de $50 milliards.

Cela étant dit, il est bon de revenir en arrière et de jeter un coup d’œil aux relations économiques américano-mexicaines pour voir comment l’immigration du Mexique est devenue une question politique que certains, comme Trump,  utilisent à leur avantage.

Le North American Free Trade Agreement (NAFTA) est un bon point de départ. Alors qu’aujourd’hui, on reconnaît largement que les soi-disant accords de libre échange ont affecté des millions de travailleurs américains, les dirigeants des deux côtés de l’échiquier politique, continuent d’affirmer que NAFTA a été une bonne chose pour le Mexique. Cette appréciation est totalement contredite par les faits.

Si l’on regarde les critère les plus basiques du progrès économique, la croissance du PNB, ou le revenu par personne, le Mexique qui a signé le NAFTA en 1994, se place au 15ème rang des 20 pays d’Amérique latine.

D’autres critères donnent une image encore plus dramatique. Le niveau de pauvreté est passé de 52,4% en 1994, à 55,1%, en 2014. Les salaires connaissent la même évolution : il n’y a eu pratiquement aucune augmentation des salaires en rapport avec l’inflation réelle depuis1994, soit 4,1% environ en 21 ans.

Pourquoi le Mexique s’en sort si misérablement avec NAFTA ? Il faut comprendre que NAFTA a marqué une continuation des politiques mises en place dans les années 1980 sous la pression de Washington et du Fonds monétaire international, lorsque le Mexique était sorti particulièrement fragilisé par la crise de la dette et la récession mondiale.

Ces politiques  incluaient la dérégulation et la libéralisation de la production, de l’investissement étranger et de la propriété – 70% du système bancaire mexicain sont aujourd’hui détenus par des étrangers.

Le Mexique a, également, évolué des politiques pro-développement des décennies précédentes vers une nouvelle formule néolibérale qui le liait encore plus étroitement à ses voisins du nord et à ses idées contestables du développement économique.

Le but de NAFTA était de verrouiller ces changements et ces politiques dans un traité international afin de le rendre plus difficile à contester. Il visait, aussi, à ajouter des privilèges particuliers aux corporations internationales, comme le droit de poursuivre les gouvernements en justice pour des règlements qui réduisaient leurs profits potentiels – même ceux concernant la santé publique ou la sécurité environnementale. Ces actions en justice sont décidées par un tribunal composé principalement d’avocats d’affaires qui ne sont pas liés par  la jurisprudence ou par quelque système national que ce soit.

Dans le secteur de l’agriculture mexicaine, environ deux millions d’emplois ont disparu et un million  ont été déplacés, le maïs importé subventionné ayant balayé les petits producteurs. De 1994 à 2000, l’immigration mexicaine aux États-Unis a augmenté de 79%, avant de diminuer dans les années 2000.

Si l’économie mexicaine avait juste continué de croître dans les années post-1980 comme elle l’avait fait dans les deux décades précédentes, les Mexicains auraient, aujourd’hui, un revenu moyen égal à celui des Européens. Très peu de Mexicains prendraient le risque de vivre ou de travailler aux États-Unis.

Cependant, la croissance s’est écroulée après 1980 avec l’expérience ratée de Washington. Même si nous regardons les vingt-trois années post-NAFTA - les meilleures - le PNB par habitant n’a augmenté que de 29%, une fraction des 99% de la croissance du Mexique de 1960 à 1980.

Le mur, s’il était construit, provoquerait des dommages environnementaux et économiques significatifs. Cependant, ce sont les dommages à long terme que Washington a contribué à causer à l’économie mexicaine qui nous ont conduit au point où un président américain a, même, pu proposer une telle monstruosité.

* Mark Weisbrot est co-directeur du Centre de Recherche politique et économique à Washington D.C.

Source :

http://www.informationclearinghouse.info/46446.htm#sthash.Tr0zNgwk.dpuf

Traduction Christine Abdelkrim-Delanne