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Par : Richard Labévière
Publié le : 22/02/15

Les 16 et 17 février dernier, sur les bords du Léman, s’est tenu un bien curieux colloque intitulé : « trouver l’équilibre entre le contre-terrorisme et les droits de l’homme », dans un palace de la riviera genevoise. Organisée par une ONG norvégienne (GNRD - Global Network for Rights and Development) et financée notamment par des hommes d’affaires dont Mohamad Dahlan (l’ancien chef des services palestiniens de sécurité en relations d’affaires avec Washington et Tel-Aviv), cette réunion avait officiellement pour objectif de proposer à l’Assemblée générale des Nations unies une nouvelle convention destinée principalement à faciliter la coopération des services de renseignement pour lutter plus efficacement contre le terrorisme… Vaste programme !

Parmi une soixantaine de délégations étrangères - dont la majorité issue des représentations diplomatiques installées à Genève auprès des Nations unies -, on a pu remarquer plusieurs responsables des services de renseignement pakistanais, afghan, égyptien et turc. Une équipe, très diversifiée et très présente, des différents services israéliens était active dans la plupart des ateliers et tables rondes ainsi que plusieurs observateurs de la Mission britannique auprès de l’Onu. Le président du GNRD, le Dr. Loai Deeb a introduit les travaux en insistant notamment sur les dimensions quantitatives du terrorisme (nombre d’attentats et de victimes, superficies territoriales contrôlées par des organisations terroristes, etc.), avant d’insister sur les bienfaits annoncés de sa convention destinée à réconcilier les services spéciaux et les ONG spécialisées en défense des droits humains… un peu comme s’il s’agissait d’un texte sur le réchauffement climatique. Autre très vaste programme ! Ensuite, tout le monde s’est égayé dans différents ateliers (suivi de la Convention, radicalisation, réseaux numériques, services de renseignement, rôle des acteurs économiques et de la presse, etc.).
Sur la problématique du financement du terrorisme, on a, bien sûr, entendu les mêmes platitudes répétées depuis vingt ans, exonérant les grands opérateurs occidentaux, sauf le secret bancaire suisse pourtant moribond depuis plusieurs années. À aucun moment, il n’a été rappelé que la majorité des places offshore - par lesquelles transitent les financements du terrorisme qui se mélangent à ceux du crime organisé -, se trouvaient sous pavillon américain ou britannique. On ne prête qu’aux riches Helvètes et à la filiale suisse d’HSBC, mais quant à ses représentations anglo-saxonnes, le silence est d’or, bien sûr !
Dirigé par Haytham Manna - un activiste de l’opposition syrienne liée à différentes branches internationales des Frères musulmans et président de l’Institut scandinave pour les droits de l’homme -, l’un des ateliers consacré aux relations complexes « médias/terrorisme » a donné lieu à de plus étranges développements encore, tant sur la forme que le fond ! Non content d’intervenir, sinon de rectifier les contributions des différents conférenciers, l’animateur - dont le rôle est, en principe, d’animer impartialement la discussion -, a surtout mis en valeur la couverture des chaînes de télévision en continu (BFM, I-Télévision, etc.) durant les derniers attentats parisiens… Étonnant ! En conférence plénière, son résumé s’est soigneusement appliqué à censurer les critiques adressées à l’encontre des grands médias français qui ont souvent renvoyé dos à dos les groupes terroristes et les appareils d’État chargés de la lutte anti-terroriste.
Au-delà du personnage et du manque d’honnêteté intellectuelle de l’exercice, cette posture est malheureusement typique d’une figure idéologique généralisée, récurrente et justement « médiatiquement » dominante. Celle-ci consiste à établir une fausse symétrie entre les protagonistes d’un conflit afin de promouvoir une espèce de « morale » kantienne du genre « projet de paix perpétuelle »… Celle-ci consiste in fine à valoriser certaines ONG spécialisées en la matière, ainsi que leurs bailleurs de fonds… Tout travail mérite salaire ! Bref, cette table ronde a illustré exactement par l’acte, la compromission des médias, mais surtout de certaines ONG avec certaines nébuleuses terroristes, toujours « symétriquement » en établissement des responsabilités égales et comparables entre les différents protagonistes…
Exemple : pour la Palestine, on dira et laissera dire que les Israéliens sont méchants, tout comme les Palestiniens - eux aussi très méchants - et que les deux camps ont, quantitativement les « mêmes » responsabilités. Conclusion : il s’agit de les renvoyer dos à dos afin de promouvoir une paix idéale qui, surtout doit exclure toutes considérations militaires, politiques et diplomatiques ! Du Marek Halter dans le texte ! Même logique au travail en ce qui concerne la guerre civile syrienne : Bachar al-Assad est autant coupable que les tueurs salafo-jihadistes, responsables de plus de 200 000 victimes… Évidemment, tout cela est un peu court, sinon faux et archi-faux, mais l’approche séduit les médias de plus en plus paresseux et qui ont de moins en moins les moyens de se payer les services des meilleurs experts. Quant aux ONG, il faudrait peut-être cesser de les considérer comme des deus ex machina d’une vérité absolue et peut-être commencer par s’intéresser à leurs financements, à leurs cadres et leurs vrais objectifs qui ne relèvent pas toujours de la Critique de la raison pure
Comme disait le cinéaste suisse Jean-Luc Godard : « L’objectivité, ce n’est pas une minute pour Hitler contre une minute pour les camps… C’est un peu plus compliqué ! » Bien vu !