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Par : Afrique Asie
Publié le : 28/01/13

Incertitude et inquiétude : ce sont les maîtres mots qui s’imposent pour résumer le bilan de l’année 2012 dans le monde. La crise financière et économique qui s’est déclenchée en 2007 aux États-Unis est loin d’être maîtrisée. Pas sûr qu’elle le soit en 2013. Ses ravages ne se limitent pas aux principaux pays occidentaux. Les pays du Sud ont également été touchés à un degré ou un autre. La vague des mal nommés « printemps arabes », qui avaient démarré en Tunisie en 2011, en est la parfaite illustration.

Sur le continent africain, 2012 aura aussi été une annus horribilis. Elle s’est terminée par la résurgence de la guerre en République centrafricaine, la persistance de l’impasse en République démocratique du Congo, l’aggravation de la crise au Mali, dont le Nord est occupé par des organisations mafieuses et terroristes. Une crise elle-même favorisée par la chute du régime de Kadhafi en Libye grâce à l’intervention directe et criminelle de l’Otan et des monarchies du Golfe. Cette situation a ouvert une boîte de Pandore, d’où sont sorties des forces qui déstabilisent désormais l’ensemble de la zone sahélienne.

En 2013, le Mali, ventre mou du Sahel, continuera-t-il à payer le prix fort de la libération de ces démons ? Ce pays est désormais entre les mains de putschistes menés par le capitaine Sanogo, qui est le véritable faiseur de rois à Bamako. Celui qui a dirigé le putsch contre le président Amadou Amani Touré en mars 2012 pourra-t-il éviter la partition durable du territoire ? Poursuivre les terroristes d’Al-Qaïda au Maghreb islamique tout en sauvegardant les intérêts des Touaregs ? Installer un gouvernement consensuel et, à terme, organiser des élections ? Reconstruire l’armée et la maintenir dans ses casernes ? Pronostic impossible à établir.

Dans les deux Soudans, les sudistes et les nordistes n’en finissent plus de se déchirer. Alors que la paix est signée depuis 2005, que la partition est consommée depuis 2011, les heurts se multiplient entre les ennemis d’hier qui le sont restés. Pis : ils affectent aussi les populations au sein du nouveau Soudan du Sud. Comment, dès lors, préserver les intérêts des uns sans heurter les ambitions des autres ?

L’avenir de la République démocratique du Congo, État fragile, reste des plus incertains. Ce gigantesque coffre-fort minéral et végétal continue d’attirer les ambitions de tant de grandes puissances, comme la Chine, que de ses voisins, au risque d’une déstabilisation durable. Les populations, et singulièrement les femmes, violées massivement, sont les premières victimes des rébellions de l’Est. Cahin-caha le pouvoir se maintient en place, soutenu à bout de bras et très artificiellement par une communauté internationale même pas sûre que ses intérêts soient bien représentés, et par une communauté interafricaine prête à tout pour ne pas ouvrir un nouveau front d’incertitude au sein de ce continent si malmené.

Que réserve l’année nouvelle à la Centrafrique ? Peu après Noël, la capitale Bangui et le gouvernement de François Bozizé étaient menacés par des rebelles qui, si on les avait écoutés les années passées, n’auraient été que de simples opposants politiques. La non-application des accords de paix de 2007 puis de 2011 les a poussés à l’action. Bilan : des populations civiles déplacées, une économie figée par la crainte et un pays qui s’enfonce encore plus, si c’est encore possible, dans la pauvreté.

Par chance, il reste à l’Afrique un solide réservoir d’hommes de bonne volonté, qui œuvrent inlassablement à l’intégration, au démarrage économique, aux processus de paix et à la réconciliation. L’avenir appartient aux diplomates, aux politiques, à ceux qui croient aux lendemains qui chantent, de Dakar à Djibouti et d’Alger au Cap.

Cela sera-t-il suffisant pour sortir l’Afrique de ses ornières ? Le continent reste globalement pauvre, avec un PIB continental comparable à celui de la seule Italie. Pour qu’il évolue dans le bon sens, il faudra, à partir de données réelles et chiffrables, changer les termes de l’échange encore inégal entre le Nord et le Sud. Beaucoup d’États africains se défendent des contrats léonins imposés par les multinationales, en essayant de renégocier les accords d’exploitation. Et la question de la mise en valeur des matières premières s’impose.

La démocratie doit aussi se concevoir en termes de justice économique. Les jeunes élites se préparent à la relève des générations post-indépendance. Elles devraient changer la donne, profitant pleinement de l’ouverture offerte par l’irruption des pays émergents, à commencer par la Chine. L’Afrique va lentement – et en ordre dispersé – suivre l’Amérique latine et l’Asie dans sa révolution sociale et son indépendance des choix, en dehors des règles du jeu imposées par les institutions financières. Souhaitons-lui une accélération de ce processus pour 2013.