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Par : Faouzi Mahjoub
Publié le : 26/03/13

Pendant les retransmissions télévisées de la 29e Coupe d’Afrique des nations (Can), la caméra a, à maintes reprises, balayé la tribune officielle des méga-stades sud-africains, souvent aux trois quarts vides. Elle a surpris Issa Hayatou, le président de la Confédération africaine de football (Caf), affalé dans son fauteuil et entouré de sa cour, piquer du nez et s’endormir.

Que n’a-t-il eu raison : le spectacle offert par la majorité des seize finalistes a souvent engendré l’ennui. Pour preuve, les soporifiques matchs Maroc-Cap-Vert, Angola-Maroc, Mali-Niger, Congo-Niger, Ghana-Mali, Burkina Faso-Zambie, le quart de finale Burkina Faso-Togo et la demi-finale Ghana-Burkina…

Au hit-parade du football-repoussoir, les Étalons burkinabè ont surclassé leurs rivaux. Vous lancez un ballon rond dans les pattes des Étalons, pour peu que la pelouse soit bosselée, chauve et ensablée, comme celle du stade de Nelspruit, ils le piétinent et vous le renvoient… carré ! Dans cet exercice se détache un malabar au cou de girafe et au crâne planté d’épis dorés : Aristide Bancé. Cet « attaquant » n’est pas maladroit pour contrôler le cuir du… tibia, adresser des services tordus et botter dans les virages. Professionnel à Augsbourg, en Allemagne, Bancé doit être un sujet de curiosité pour les fans du club.

Certains Étalons ont, d’autre part, affiché un trop-plein de morgue et peu de fair-play, à l’image des deux « vedettes » de l’équipe, le défenseur Bakary Koné et le milieu Charles Kaboré (un spécialiste du tacle à retardement). Tous deux sont des professionnels surcotés en France. L’entraîneur belge Paul Put (cela ne s’invente pas !) traîne, pour sa part, une casserole. En 2005, il a été impliqué dans une affaire de trafic de match en liaison avec un maffioso chinois. Il avait alors écopé de trois ans de suspension. En 2007, il est parti « exercer » en Gambie d’où il a rejoint en 2012 le Burkina.

Les Étalons comptent toutefois deux authentiques talents, les attaquants Alain Traoré (blessé face à la Zambie) et Jonathan Pitroipa (exclu en demi-finale puis autorisé à disputer la finale par Hayatou après que l’arbitre tunisien Djedidi, soumis à des pressions « amicales », eut reconnu s’être trompé !).

L’absence à cette 29e Can de l’Égypte (championne en 2006, 2008 et 2010) et du Cameroun (vainqueur en 2000 et 2002), la qualification de l’Éthiopie, du Cap-Vert et du Niger, le parcours du Burkina Faso, l’élimination de la Côte d’Ivoire et de l’Afrique du Sud en quarts de finale, du Ghana en demi-finale, le fiasco des équipes maghrébines témoignent d’un incontestable nivellement des valeurs par… le bas. Les écarts entre les équipes se sont rétrécis, la hiérarchie est bousculée. En 2012, la 28e Can s’était déroulée sans l’Égypte, le Cameroun, le Nigeria, l’Afrique du Sud et l’Algérie. Elle s’était achevée par la victoire de la Zambie. Laquelle, cette fois-ci, n’a pas franchi le premier tour, concédant même un résultat paritaire à l’Éthiopie qui revenait dans la compétition après trente-deux ans d’absence.

Le recul des équipes de l’élite s’explique par l’abandon de toute culture du jeu. Culture qui a permis aux Black Stars du Ghana de remporter, de 1963 à 1982, quatre Coupes des nations, aux Lions indomptables du Cameroun de disputer, en 1982 et 1990, la Coupe du monde et de gagner le titre continental en 1984 et 1988, à l’Égypte d’accéder au tournoi final du Mondial 1990 et d’être sacrée championne d’Afrique en 1998, 2006, 2008 et 2010, à l’Algérie de participer aux Mondiaux 1982 et 1986 et de remporter la Can en 1990, aux Super Eagles du Nigeria de disputer la Coupe du monde en 1994, 1998 et 2002, de décrocher la médaille d’or des jeux d’Atlanta en 1996 et d’être couronnés champions d’Afrique en 1980 et 1994.

Malheureusement, le recours massif et désordonné aux « sorciers blancs » a eu pour conséquence de pervertir la culture du jeu de chacune de ces nations de football et de désorienter leurs joueurs. La culture importée a réduit les écarts : tout le monde utilise la même tactique, les mêmes ingrédients en privilégiant la concurrence physique aux dépens de l’habileté technique et de la création. Ainsi de l’équipe du Niger qui n’avait rien à envier, sur le plan physique et de l’ennui, à ses adversaires.

La sortie de l’Algérie, du Maroc et de la Tunisie a été logique. Depuis 1990, l’Algérie ne joue plus les premiers rôles dans la Can. Et depuis l’arrivée en 2001 de Mohamed Raouraoua à la tête de la Fédération, le football algérien n’a gagné aucun titre continental. Il a seulement arraché un ticket pour le Mondial sud-africain où il n’a pas brillé : zéro but en trois matchs. Négligeant toute politique de formation qui aurait pu permettre la constitution d’une sélection nationale de valeur, Raouraoua s’est contenté de faire son marché dans l’Hexagone où il a battu le rappel de tous les joueurs d’origine algérienne dont ne voulait pas l’équipe de France.

Ces recrues, fières de porter les couleurs de l’Algérie, ont été formées et formatées par l’école française, d’où un « style » qui a peu de rapport avec le football à l’algérienne des Dahleb, Belloumi, Madjer, Ferguani et autres Assad. En 2012, le recrutement de l’entraîneur bosniaque Vahid Halilhodzic, un entraîneur fort en gueule, réaliste, et surtout aux idées courtes, acheva de dépersonnaliser l’équipe d’Algérie.

Le Maroc a aussi emprunté la même voie : l’appel aux joueurs français d’origine marocaine. Lui aussi n’a récupéré que des seconds couteaux. Après le limogeage du Belge Éric Gerets en 2012, le local Rachid Taoussi a été promu à la tête de la sélection. Celle-ci n’a trouvé ni cohésion et ni esprit offensif. Les gesticulations de Taoussi et son discours, tout en langue de bois, n’ont rien réglé. Depuis 2004, le Maroc court après une place d’honneur dans la Can. Il ne l’a pas obtenue en Afrique du Sud où il n’a remporté aucune victoire.

L’équipe de Tunisie dirigée par Sami Trabelsi a encore une fois montré ses limites. Elle aborde les matchs avant tout pour ne pas perdre et ne se résout à attaquer que contrainte et forcée. Elle ne manque pas d’arguments techniques, mais lui fait défaut une révolution tactique. On ne peut pas remporter la Can sans prendre des risques offensifs.

Les Éléphants de Côte d’Ivoire ont enregistré leur cinquième échec consécutif en Coupe d’Afrique des nations. En 2002, Jean-Marc Guillou avait légué à la sélection un groupe de joueurs talentueux qu’il avait formés à son académie d’Abidjan. Des footballeurs qui, balle au pied, parlaient le même langage, avaient en commun le goût du spectacle offensif et partageaient les mêmes automatismes collectifs. Le président de la Fédération ivoirienne, Jacques Anouma, ne reconnaît pas le mérite de Guillou. Il recrute de 2006 à 2010 des entraîneurs qui vont « casser » le jeu des Académiciens en s’appuyant sur… Didier Drogba. Celui-ci va faire preuve d’un égoïsme démesuré et tirer la couverture à lui. Aucun entraîneur n’ose le « recadrer ».

Conséquences : au fil des années, l’équipe ivoirienne se désagrège et son style chatoyant se dissout. Les successeurs d’Anouma commettent les mêmes erreurs et engrangent les échecs. Les Académiciens, désormais plus accaparés par les impératifs de leur carrière professionnelle, semblent moins motivés pour tenter d’imposer un retour aux sources. Beaucoup d’entre eux sont aujourd’hui trentenaires, Drogba n’est plus qu’un retraité qui fait des piges, autant dire que l’avenir de la sélection ivoirienne ne s’annonce pas brillant : la relève de qualité n’est pas là.

Les Super Eagles du Nigeria courent depuis la Can 1994 après une consécration continentale. Les dirigeants nigérians ont multiplié les expériences avec les entraîneurs européens. En vain. La richesse de l’effectif composé exclusivement de professionnels expatriés n’a pas été bien exploitée par des techniciens convertis au réalisme. En désespoir de cause et à la suite de l’élimination peu glorieuse de la Can 2012, la Nigeria Football Association s’est décidée à confier la sélection à son capitaine des années 1994-1996, l’ancien défenseur Stephen Keshi, celui-là même qui avait, en 2005, qualifié les Éperviers du Togo pour le Mondial 2006.

Keshi, c’est d’abord la proximité avec les joueurs. Ajoutez-y des idées frappées du bon sens et une stratégie de conquête. La sélection est rajeunie avec de nouveaux talents comme Elderson Echiejle, Éric Ambrose, Ideye Brown, Uche Ikechukwu, Eddy Onazi, Sunday Mba, Ahmed Musa et autre Kenneth Omeruo. Tous encadrés par deux vedettes de Chelsea (Angleterre), Obi Mikel et Victor Moses. Après des débuts laborieux face au Burkina Faso et à la Zambie, le collectif nigérian a trouvé le bon rythme.

Les Super Eagles ont dompté, haut la main, les Éléphants de Côte d’Ivoire (2-1) puis les Aigles du Mali (4-1). Ils ont, en finale, évité les ruades des Étalons du Burkina et assuré une victoire courte, mais méritée. Ils ont joué au ballon. Sans calcul. Ils représenteront, en décembre, au Brésil, l’Afrique, à la Coupe des Confédérations.