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Publié le : 23/07/11
«Tous les indicateurs sur la sécurité alimentaire sont au rouge »

 «Tous les indicateurs sur la sécurité alimentaire sont au rouge », a déclaré Olivier De Schutter, Rapporteur spécial des Nations unies sur le droit à l’alimentation. Au cours d’une conférence de presse, le 22 juillet, clôturant sa visite à Madagascar. Sur la Grande Île, un habitant sur deux connaît une situation d’insécurité alimentaire, dont  68% dans le sud. La visite de De Schutter était la première d’un expert indépendant nommé par le Conseil des Droits de l’Homme des Nations unies. Le Rapporteur n’a pas mâché ses mots et caché sa colère. Soulignant que la malnutrition infantile à Madagascar était la plus élevée au monde, il a tenu un discours dur et incisif sur l’attitude de la communauté internationale qui, États-Unis en tête, applique de sanctions depuis le coup d’État qui a conduit à la formation de la Haute Autorité de Transition, le 17 mars 2009. « Les États-Unis ont suspendu Madagascar de la liste des pays bénéficiaires de l’African Growth and Opportunity Act. Cela a coûté au moins 50 000 emplois directs dans le secteur du textile qui représentait la moitié des exportations malgaches. Quant à l’Union européenne, elle a gelé les programmes prêts à être signés avant la crise, suspendant toute aide au développement passant par le gouvernement. Le manque à gagner total et estimé à près de 600 millions d’euros. »Olivier De Schutter a souligné que « contourner l’État(en distribuant l’aide humanitaire par le canal des ONG), c’est détruire sa capacité institutionnelle à terme, et hypothéquer les chances de développement à moyen terme. Nous sommes en train de recruter Madagascar dans la liste des États fragiles. » Il a appelé la communauté internationale à réexaminer le régime des sanctions, mais, également, la Haute Autorité  de Transition à ne plus « tirer prétexte de ces sanctions pour ne pas prendre des mesures de nature à éviter une catastrophe humanitaire à sa population. » Selon l’expert, Madagascar possède un potentiel unique en matière d’agriculture écologique, notamment avec le système de riziculture intensif, « découverte purement malgache qui permet de doubler, tripler, voire quadrupler les rendements. » Une stratégie nationale d’appui à ce type de production écologique pourrait, selon lui,  rendre la Grande Île autosuffisante en riz en trois ans, alors qu’elle en importe chaque année 100 à 150 000 tonnes. « Mais il faut pour cela que les autorités se décident à agir. »  Il a, également appelé à activer d’urgence le processus de sécurisation foncière, actuellement au point mort. Rappelant la tentative de la multinationale Daewoo Logistics de s’approprier 1,3 million d’hectares en 2008, le Rapporteur a souligné qu’ « avant la crise politique, une course de vitesse était engagée entre la sécurisation des parelles des ménages ruraux et la volonté des investisseurs d’accaparer les meilleures terres de l’île. À présent, les investisseurs se font rares, échaudés par la contestation sociale, et le processus de certification foncière piétine : entamée en 2006, elle ne touche encore que 416 communes sur 1550 au total, faute de ressources suffisantes. La course de vitesse est devenue une parade de lenteur. » Enfin, De Schutter a mis en question l’équité des accords de pêches signés avec l’Union européenne ou des sociétés asiatiques. « Les accords font songer aux traités inégaux que les empires coloniaux signaient avec leurs colonies au 19ème siècle, a-t-il déclaré. Légalement ou non, les mers sont pillées alors que la pêche pourrait être un moteur de développement pour l’île. Le fait que des flottes industrielles viennent pêcher sans quotas, dans un contexte de raréfaction des ressources marines, est inadmissible au 21ème siècle. » Il a appelé les bailleurs de fonds et les organisations internationales à aider « au plus vite » Madagascar à renforcer ses capacités de surveillance de ses côtes ainsi que ses capacités de négociation, afin de développer une exploitation durable des mers, au bénéfice de ses habitants. « On ne peut décemment pas surveiller un million de kilomètres carrés avec une demi-douzaine de bateaux ! » s’est-il exclamé.